Le second souffle de la CUMA de Frausseilles
Publié le
Décryptage d’un modèle où collectif rime avec optimisation.
Fondée en 1982 autour de la viticulture, la CUMA de Frausseilles connaît un renouveau historique. Fin 2025, l’intégration de six nouveaux adhérents et le lancement de quatre activités stratégiques ont transformé la structure, portée par une vision commune de l’agriculture biologique.
Décryptage d’un modèle où collectif rime avec optimisation.
Un passage de témoin transformé en projet collectif
À l’origine de cette dynamique se trouve la SAS La Ferme des 3 Moineaux, incarnée par Francis Verdier. À l’aube de sa retraite, ce dernier a choisi de ne pas simplement céder ses terres, mais de bâtir un projet de territoire. Plutôt qu’un simple morcellement, trois agriculteurs ont rejoint la structure, s’associant aux trois membres déjà en place.
Aujourd’hui, ces six fermes certifiées en agriculture biologique unissent leurs forces pour transformer et commercialiser une gamme diversifiée de produits (farines, légumes secs, pâtes, café d’orge et biscottes) auprès d’une clientèle en constante expansion.
Pour répondre aux besoins de ces 170 hectares, le groupe a choisi de s’appuyer sur la CUMA de Frausseilles, créant une synergie inédite entre structure commerciale (SAS) et structure de moyens (CUMA).
Le choix de la mutualisation : l’esprit CUMA
Pour ces associés, la cohérence ne s’arrête pas à la vente. La volonté de produire ensemble, avec une vision agronomique partagée, les a naturellement conduits vers la CUMA de Frausseilles. Ce rapprochement a donné naissance à quatre nouvelles branches d’activité :
- Transformation : Une chaîne complète de production de farine et d’ensachage mutualisée
- Pôle Traction : Un parc de trois tracteurs (130, 110 et 75 CV). Originalité du système : la facturation s’effectue au prorata des heures d’utilisation, quelle que soit la puissance de la machine mobilisée.
- Pôle Travail du Sol : Un « pack » d’une quinzaine d’outils facturé à l’hectare cultivé.
Note : Le calcul des surfaces exclut les prairies, vignes, vergers et légumineuses à N+2. - Entretien des cultures : L’acquisition d’une écimeuse, rachetée à la CUMA voisine du Verdier, pour la gestion des adventices.
Cette panoplie sera complétée courant 2026 par l’achat d’une moissonneuse-batteuse d’occasion, assurant ainsi une autonomie totale pour la récolte des céréales bio.
Une organisation territoriale innovante
L’engagement du groupe va bien au-delà du simple partage de matériel. Les 170 hectares du collectif sont gérés via un assolement commun et une banque de travail. Cette organisation permet une optimisation des chantiers : tandis qu’un adhérent laboure, un autre sème, garantissant une efficacité maximale à l’échelle du territoire.
Cette solidarité s’étend à la fertilisation : le fumier de l’unique élevage du groupe (qui récupère les luzernes) est réparti selon les besoins réels des sols de l’ensemble des 170 ha, maximisant l’efficience agronomique à l’échelle du collectif plutôt qu’à l’échelle de l’exploitation individuelle.
Vers une fusion des coûts : Le transfert de la main-d’œuvre
Le groupe ne compte pas s’arrêter là. La prochaine étape consiste à basculer la main-d’œuvre de la SAS vers la CUMA. L’objectif est clair : intégrer le coût du travail directement dans le coût de production global, permettant une transparence totale sur la rentabilité de la graine jusqu’au produit fini.
Une gouvernance rythmée
Aujourd’hui, SAS et CUMA fonctionnent en parfaite symbiose. Chaque deuxième jeudi du mois, les adhérents se réunissent pendant 1 heure pour coordonner l’organisation technique de la CUMA (chantiers, entretien du matériel), puis une seconde heure est consacrée à la stratégie commerciale de la SAS.
En liant intimement l’outil de production et l’outil de vente, les adhérents de la CUMA de Frausseilles prouvent que la coopération est un levier de résilience face aux enjeux de l’agriculture biologique moderne.